Mosquée de Gamilly (4) : le point de vue de l'association turque
L'équipe de Vernon Marine a rencontré Monsieur Saït Karaagac, président de l'Association des travailleurs turcs qui entreprend la construction d'un centre culturel et cultuel à Gamilly, et réunit 140 familles vernonnaises.
Fort de l'examen du projet préalablement préparé conjointement avec des représentants des riverains et nos adhérents sensibilisés aux questions relatives aux réalités de l'islam en France, nous avons pu aborder ensemble et dans un climat sain de dialogue franc et direct les points sensibles du projet.
Bref en clair, nous avons entrepris le travail d'information citoyenne que nos élus sont incapables de faire, ou plutôt se sont refusé de mener.
Contexte : la politique gouvernementale sur la "diaspora" turque
Il convient d'abord d'informer sur le fait que l'association n'agit pas seulement en son nom mais sous le contrôle de la DITIB*, "Union turco-islamique pour les affaires religieuses, la branche française du Diyanet, l'administration turque des affaires religieuses, placée sous l'autorité du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, une sorte de ministère de l'islam officiel turc". Ceci tant au regard de la nature du projet de construction que dans le mode de fonctionnement du centre. Ainsi par exemple, les intervenants (imams ou autres) susceptibles d'y professer y sont formés et agréés par cette organisation. Ce qui la distingue d'emblée d'autres initiatives cultuelles qui répondent à d'autres types d'autorités.
Hiérachisant les différents sujets de questionnement, nous avons débattu en allant des thèmes les plus concrets sur le projet aux plus généraux sur les relations citoyennes que nous souhaitons, la perception actuelle de l'islam et la cohabitation des communautés d'origines.
Le devenir des riverains les plus proches
Sise sur le lotissement incluant la parcelle à bâtir le partage de la sente cédée par Eure-Habitat à l'association à été éclairci :
M. Karaagac assure avoir signé un acte de vente intégrant le maintient pour les riverains mitoyens de la jouissance d'usage de la sente privée pour l'accès et le stationnement des véhicules. Il se déclare prêt à en fournir copie à leur demande, souhaitant les apaiser sur ce point crucial, resté alarmant faute d'information. Dont acte. Comme nous le verrons plus loin, il déplore que cette sente n'ai pas été reprise par le domaine communal, se trouvant contraint de prendre à sa charge des travaux de raccordement susceptibles de profiter à ses voisins notamment pour l'élimination des conduites en plomb.
Notons que si la mairie avait repris la parcelle, elle pût être accusée de contribution indirecte au projet en contravention avec la loi de 1905 sur la laïcité.
L'intervention de la mairie
Sur le choix de cette parcelle de la rue du Coq, M. Karaagac nous confirme que le maire de Vernon est bien intervenu, motivant sa préférence par un souci de "mixité sociale" et de déconcentration des communautés hors du "ghetto" Valmeux-Boutardes.
Nous débattons de la question de savoir si le maire était vice-président d'Eure-Habitat ou pas au cours des phases de la transaction. Pourquoi M. Karaagac tient-il à le nier ? et reste t-il évasif sur la date de la cession du terrain ? Puisque le maire était de toute façon membre de la commission dès l'exercice 2010-2011 comme l'atteste le rapport d'activité de cette OPAC, (2010-2011,page 27). Il est probable que notre interlocuteur, entrepreneur du bâtiment travaillant justement pour cet organisme constructeur de logements ai été bien placé pour négocier ce terrain. Nous n'y voyons rien de critiquable a priori, mais le sujet reste manifestement "sensible" !
Quoi qu'il en soit, on comprend que nos interlocuteurs puissent, comme nous même le ferions, souhaiter s'établir dans un quartier paisible...
Un financement privé sans contribution publique locale
Attentif au respect de la laïcité, nous avons évoqué l'ordre de grandeur de l'investissement et la nature de sa source. Le montant de l'acquisition du terrain serait de 150 000 € et semble correctement évalué. M. Karaagac parle d'apport de cotisations des adhérents et table sur le concours des entreprises dont la sienne pour mener les travaux "gratuitement".
De notre côté, nous calculons : 531 m2 bâtit x 2000€ = 1 062 000€ et qu'un million d'€ divisé par 140 familles adhérentes font déjà 7142 € !
Quoiqu'il en soit à ce stade, nous n'avons pas trouvé trace de financement public.
Commentaire sur le projet architectural, plans en main
M. Karaagac explique s'être personnellement investi avec l'architecte parisien, M. Abbas, pour la conception du bâtiment en deux corps. Il tient à la dénomination de centre culturel & cultuel, rejetant le terme de "mosquée". Deux idées dominent dans son discours comme dans les plans :
- intégration discrète dans le paysage résidentiel, proportions raisonnables
- pôle prioritairement culturel, polyvalent, accessoirement cultuel
Nous lui accordons que l'objectif est globalement atteint sur le premier point et concédons que les traits du plan traditionnel de la mosquée ne se retrouve pas fortement exprimés.
Les nuisances liées au trafic induit
Discutant de la charge de trafic généré et des contraintes de stationnement, il estime que seuls 10% des membres de la communauté (60 personnes) fréquenteront le site dans une optique cultuelle régulière, provenant à pied de la proximité.
Il mise sur la perspective de prolongement futur du boulevard des Lodards qui permettra d'ouvrir un accès direct sur la voie publique. Il est possible qu'un complément d'aire de stationnement puisse être implanté à cette occasion.
Il nous apparaît plus raisonnable de voir dans ce centre une vocation régionale s'étendant au moins au niveau de la CAPE voir au delà. Le gouvernement turc n'investit pas dans la formation de 263 imans au centre de Strasbourg pour les envoyer former 60 pèlerins çà et là ! Ni même l'association locale dans un chantier d'au moins un million d'€.
C'est là un point sur lequel la municipalité devra tôt ou tard intervenir.
Centre culturel ouvert ou école coranique sectaire ?
Posant directement le problème général de la perception négative de l'islam en général, et des inquiétudes légitimes qui s'expriment chez les français, nous avons demandé quelles étaient les activités envisagées dans la partie culturelle.
M. Karaagac nous présente le centre comme un lieu de convivialité familiale, comparable (selon nos termes) à l'activité d'une paroisse ordinaire. Il insiste sur la priorité de soutient à l'apprentissage de la langue française, se fondant sur sa propre expérience familiale et l'handicap linguistique de ses propres parents. Nous notons que l'affichage d'information figurant à l'entrée de l'actuel centre du boulevard Azémia est en turc, et pas en français.
Le centre ne sera pas réservé aux musulmans, assure t-il, et nous convenons non sans une pointe d'humour de la possibilité d'y tenir une conférence de rencontre amicale entre adhérents Bleu Marine et adhérents de l'association turque !
Conclusion
Nous remercions Monsieur Saït Karaagac pour l'accueil et l'ouverture au dialogue qu'il nous a manifesté. Nous considerons avoir reçu de sa part autant de réponses sur son projet que le cadre de ce premier contact autorisait et laisserons aux riverains concernés le soin de poursuivre la concertation ou s'ils en décident, leurs recours.
Au delà, nous espérons poursuivre avec lui et nos compatriotes d'origine turque une réflexion commune sur les thèmes qui nous sont chers que sont la famille, la tradition, l'identité et la nation, mais aussi le développement de l'économie locale. Certains que nous sommes qu'au delà de nos appartenances diverses, des convergences pourront émerger.
notes :
* DITIB : Union Turco-Islamique des Affaires Religieuses en France, 17, Place de la Nation, 75011 PARIS
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